Disponible en édition poche et en édition collector illustrée chez Hauteville, des éditions Bragelonne

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Sir Walter Elliot, de Kellynch Hall, dans le Somersetshire, n’avait jamais touché un livre par plaisir, exception faite de l’Annuaire nobiliaire des baronnets. Il trouvait là de quoi occuper ses heures d’oisiveté, mais aussi matière à consolation lors de ses moments d’affliction. Il s’arrêtait sur les fac-similés des anciennes lettres patentes, dont la contemplation suscitait son admiration et son respect. Quand il parcourait la liste du nombre presque infini des anoblissements accordés au siècle précédent, il n’éprouvait que pitié et mépris pour ses frustrations d’ordre domestique. S’il se désintéressait de l’ouvrage dans son ensemble, il pouvait lire et relire sa propre histoire sans jamais se lasser. C’était d’ailleurs à cette page que son livre favori s’ouvrait immanquablement.

Mr et Mrs Musgrove étaient des gens respectables. Cordiaux et accueillants, ils n’étaient pas très instruits et guère distingués. Par leurs manières et leur façon de penser, leurs enfants étaient plus modernes. Les Musgrove avaient une famille nombreuse, mais les plus grands de leurs enfants, Charles excepté, étaient Henrietta et Louisa. Âgées de dix-neuf ans et vingt ans, ces deux jeunes filles étaient revenues de leur pensionnat d’Exeter en jeunes dames accomplies. À présent, comme des milliers d’autres jeunes dames, heureuses et gaies, elles se consacraient la mode. Elles étaient plutôt jolies, vives et enjouées, avaient des manières spontanées et agréables, et s’habillaient au goût du jour. Elles étaient très appréciées chez elles et très recherchées au dehors. Aux yeux d’Anne, elles faisaient partie des créatures les plus heureuses qu’elle connaissait. Cependant, préservée de l’envie d’être à leur place par un confortable sentiment de supériorité que nous connaissons tous, elle n’aurait pas renoncé à son esprit plus cultivé et raffiné pour tous leurs plaisirs. Elle ne leur enviait rien, excepté la parfaite entente qui semblait régner entre elles, cette affection mutuelle et bon enfant qu’elle avait si peu connue avec ses sœurs.