— Dégueu. Tu as des crottes de nez dans ta barbe.

— Elles ont toujours été là.

— Non. Tu as éternué dans ta barbe. Comme un animal.

— Je suis malade. Je ne peux pas m’en empêcher.

Parle, Continue.jpg

— On se dispute tout le temps.

— Non, on se dispute bien plus que tout le temps.

— On se dispute trop.

— Je ne pense pas qu’on se dispute suffisamment.

— On devrait peut-être se disputer moins.

— D’accord.

— Je ne comprends pas. Pourquoi on se dispute tellement ?

— Parce que tu es toujours sur la défensive.

— Eh bien, tu n’es qu’une mule.

— À mule, mule et demie.

— Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui tienne autant à avoir raison tout le temps.

— N’importe quoi. Je ne compte plus les fois où j’ai admis avoir tort. Et je m’excuse comme personne. Tu es nulle pour t’excuser.

— C’est reparti.

— Hier je me suis excusé à douze reprises. Combien de fois tu t’es excusée ?

— Je ne sais pas. Je n’ai pas compté.

— Voilà. Je gagne par forfait. À présent tu me dois une excuse.

— Va te faire foutre.

— Tu vois, je t’ai dit que tu étais nulle en excuse.

— Comment toutes ces bestioles sont-elles entrées dans la cabane ?

— La porte.

— Elles vont nous manger dans notre sommeil ?

— Elles vont peut-être nous grignoter par-ci, par-là.

— Ça ne te dérange pas ?

— Non.

— Eh bien moi, si.

— Je sais. Tu détestes les insectes.

— J’ai le sommeil léger.

— Extrêmement léger.

— J’ai encore entendu les huards cette nuit.

— J’aime bien les huards. Comment allaient les huards ?

— Je crois qu’ils avaient une dispute de huards.

— Ah bon ?

— Je crois bien. Ils faisaient un vrai raffut.

— J’ai sommeil.

— Je me méfie de ces insectes.

— Je suis tellement fatiguée. Allons-nous coucher. D’accord ?

— Je devrais peut-être tous les tuer.

— Excellente idée. Bonne nuit, bébé.

— J’ai vraiment envie de buter ces putains de bestioles. Ça risque d’être long. Mais ça en vaudrait la peine.

Come Home We Love You Still.jpg

— On devrait se faire moines.

— Tous les deux ?

— Oui. Laissons tomber le loyer, le régime, les traites de la voiture, les emmerdes familiales et tout le reste et promenons-nous simplement dans les bois en soutane, en s’efforçant de réfléchir le moins possible.

— On aurait le droit de faire l’amour ?

— Je ne sais pas.

— Et notre chienne.

— Merde. Est-ce que les chiens peuvent être moines ?

— Je ne crois pas. Ça m’étonnerait qu’on les accepte dans une maison de moines, ou Dieu sait comment ça s’appelle.

— Tu as raison. Ils ne sont sans doute pas acceptés dans les « maisons de moines ».

— Attends, quel genre de moines on serait ? Chrétiens, bouddhistes ou autres ?

— Ça n’a plus d’importance. Je n’abandonne pas ma chienne, et j’aime trop faire l’amour avec toi.

— Ah, c’est gentil. Au fait il faut que tu te rafraîchisses la moustache, elle commence à tomber en quenouille.

— J’ai des idées de boulot.

— Des idées pour nous rendre riches ?

— Je vais faire promeneur de chiens et acheter des tickets à gratter et alors je ferai gratter les tickets à gratter par les chiens à ma place. Ainsi je vais pouvoir gratter un nombre incroyable de tickets à gratter.

— Quel esprit d’entreprise.

— Je sais. Je suis un battant.

— Cela dit tu pourrais peut-être reprendre tes études. Obtenir un diplôme. Les gens adorent les diplômes.

— Ça existe un diplôme de promeneur de chiens ou de gratteur de tickets ?

— J’en doute.

— Alors ce n’est pas pour moi.