Ersatz était étayée par l’apathie, coagulée par la corruption. On s’endort enfant et l’on se réveille vieillard.

Chris Kelso - Le cafard ronge la ville.j

Le Cafard est arrivé au début de l’hiver. On dit que tout a commencé à Ersatz…

 

Lester Protoc était un patriote de la 14ème circonscription de Wire City. Il avait vécu toute sa vie dans le même appartement-cellule avec vue sur les cheminées du site industriel. Lester aimait tant son petit quadrant clôturé qu’il éleva ses enfants dans le même bloc cellulaire de la rue même où il avait grandi – malgré le désir de sa femme de déménager dans un autre quartier de la ville.

  

Lester s’aperçut très tôt de l’accablement de Mary. Mary s’était mise à boire plus souvent et éclatait fréquemment en sanglots sans raison. Les enfants y succombèrent peu avant décembre. En janvier ils étaient tous morts…

Je suis ce qu’on appelle communément la Tendance…
— La Tendance ?
— Oui. Tu as déjà entendu parler de moi. Je suis la bête la plus vile et la plus répugnante à traquer l’humanité et voilà que je me retrouve, nez à nez, avec l’un de mes détracteurs !
— Je croyais que c’était le Cafard la bête la plus vile et la plus répugnante à traquer l’humanité ?
— On partage, il s’empare des humains dans les villes pièges à graisse et moi je prends ses restes.
— Ça ne devrait pas être le contraire ? Les cafards ne sont-ils pas censés manger les restes ?
Bobby sourit puis se mit à trembler.
— Il avait raison à ton sujet.

— Hein ?
— Le Cafard a dit que tu étais complètement barré.
— Nan, tu sais, en fait je ne suis pas anti-tendance. En réalité il n’y a pas plus tendance que tout mon tissu de mensonges, je cherche juste à être célèbre…

Je me réveille au bruit des assiettes brisées. M’extirpant du lit trempé de sueur, j’enfile un peignoir et me dirige vers la source. Dans ma cuisine une femme laisse tomber des assiettes par terre. Tous les placards ont été vidés et les tiroirs tirés d’un coup sec et débarrassés de leur contenu.

Une femme d’âge moyen, elle m’est légèrement familière mais sa présence, son intrusion chez moi a fait naître une telle indignation que je ne m’attarde pas sur ce détail. J’exige de savoir qui elle est et ce qu’elle fait dans mon appartement. La femme m’ignore et continue de briser ma fine porcelaine. J’avance vers la femme et l’attrape par les poignets. De près la familiarité que j’éprouve se mue en autre chose, je l’ai connue intimement.

C’est la mère de Claude, sauf qu’elle est encore plus émaciée et plus hagarde que dans mes souvenirs. Elle semble souffrir d’une grave maladie débilitante. Je lâche ses poignets et elle me dévisage telle une enfant blessée. Je lui demande où est Claude. La femme me regarde avec dégoût.

— C’est moi Claude imbécile, regarde-moi…

Les mots n’impriment pas. Je lui dis que c’est impossible. Elle me gifle violemment sur la joue gauche, me laissant un sifflement dans les oreilles.

— Tu m’as blessée… tu as fini par me blesser exactement comme tu l’avais promis – dit-elle en reculant contre le réfrigérateur comme si c’était moi qui venais de la frapper.

Je lui dis que je ne comprends pas. Puis ça me revient. D’une façon ou d’une autre, Claude a absorbé ma maladie. D’une façon ou d’une autre je lui ai transmis le Cafard.