Il se détourna d’elle manifestement troublé. Me voilà dans une étrange situation ! se dit-il en allant à la fenêtre dont il leva le châssis. Il sentit que l’air le revigorait, impression qui se renforça quand il eut ouvert la fenêtre en grand. Mais ce sentiment ne dura qu’un instant. L’atroce douleur du doute et de l’appréhension l’accabla de nouveau.

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Cet homme aimable se trouva dès lors parfaitement heureux. Marié à une jeune femme aussi ravissante que respectable, à la tête d’une fortune confortable, propriétaire d’une demeure élégante dans le village d’Evelyn, et ainsi en mesure de cultiver l’amitié de Mrs Willis, que pouvait-il désirer de plus ? Il en fut ainsi pendant plusieurs mois. Puis un jour alors qu’il se promenait dans le bosquet avec Maria à son bras, ils remarquèrent sur le gravier une rose épanouie ; elle était tombée d’un des quatre rosiers que Mr Webb avait plantés pour agrémenter le charme de la promenade. Chacun de ces rosiers marquait un quart du bosquet, ce qui permettait au promeneur de toujours savoir où il se trouvait quand il faisait le tour de l’enclos. Maria s’arrêta pour ramasser la belle fleur et, avec toute la générosité propre à sa famille, l’offrit à son mari.

Mr Gower arriva tard dans la soirée au château, qui se situait sur une éminence boisée offrant une vue splendide sur la mer. Le site ne déplut pas à Mr Gower, même s’il était assurément bien inférieur à celui de sa propre demeure. Il trouva que la déclinaison irrégulière du sol et la surabondance de vieux arbres n’étaient guère appropriées au style du château car, à son avis, un édifice aussi ancien exigeait l’enclos d’Evelyn Lodge pour offrir un contraste et égayer l’ensemble. Tandis qu’il empruntait l’allée sinueuse, l’aspect lugubre du vieux château qui le regardait menaçant le frappa de terreur. Il ne se sentit réellement en sécurité qu’après avoir été introduit dans le salon où toute la famille était réunie pour le thé.

Il quitta aussitôt la pièce, oubliant sous l’emprise de la colère l’heure tardive, qui en tout autre occasion l’eût fait trembler, et laissant penser à toute la compagnie qu’il avait perdu la tête. Néanmoins quand il eut repris son cheval et que le portail majestueux du château se fut refermé sur lui, il se sentit tout entier agité d’une terreur viscérale. De fait si l’on considère la situation dans laquelle il se trouvait, seul, à cheval, à une époque et à une heure aussi avancées de l’année – à neuf heures du soir au mois d’août – sans autre lumière pour le guider que celle de la lune presque pleine et des étoiles dont le scintillement l’effrayait, qui n’aurait pitié de lui ? Pas une maison à moins d’un quart de mile et, derrière lui, un château sinistre enténébré par l’obscurité des noyers et des pins. Presque affolé par la peur, il chevaucha à bride abattue jusqu’au village, fermant les yeux tout du long pour éviter de voir des bohémiens ou des fantômes.

Histoire d’Angleterre

Du règne d’Henry IV à la mort de Charles 1er

 

 Par une historienne, partiale, prévenue et ignorante.

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Je ne peux pas dire grand-chose en faveur de ce monarque. Le pourrais-je que je ne le ferais pas, car c’était un Lancastre. Je suppose que vous savez tout des guerres qui l’opposèrent au duc d’York qui se trouvait dans son bon droit ; dans le cas contraire, vous devriez lire une autre histoire, car je ne serai guère prolixe à son sujet. J’écris en effet cette histoire non pour donner des renseignements mais pour laisser libre cours à ma colère et montrer ma haine à tous ceux dont les partis et les principes sont contraires aux miens.

Ce fut le grand malheur de cette femme que d’avoir de mauvais ministres – car, aussi méchante fût-elle, elle n’aurait pas pu commettre autant de méfaits sans que ces hommes vils et débauchés ne l’eussent incité au crime en fermant les yeux.