— C’est me faire trop d’honneur, madame, répondit-il en riant, que de supposer que je connais Mr et Mrs Stanley. Je les connais simplement de vue. Des parents très éloignés. Seulement mon père et ma mère. Rien de plus, je vous assure.

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Catharine avait le malheur, comme nombre d’héroïnes avant elle, d’avoir perdu ses parents alors qu’elle était fort jeune, et d’avoir été confiée aux bons soins d’une tante demeurée célibataire qui, tout en l’aimant tendrement, veillait sur sa conduite avec une rigueur si sourcilleuse que beaucoup, à commencer par Catharine elle-même, doutaient fortement qu’elle lui portât une réelle affection. Cette prudence ombrageuse l’avait souvent privée de justes distractions ; l’avait parfois obligée à renoncer à un bal, car un officier y était attendu, ou à accepter un cavalier recommandé par sa tante de préférence à un partenaire de son choix. Elle était cependant dotée d’un heureux caractère, peu enclin à la tristesse, et seule une très vive contrariété pouvait entamer son inépuisable joie de vivre et sa bonne humeur.

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La relation, ainsi étrangement nouée, ne fut ni brève ni insignifiante. Pendant deux semaines entières les voyageurs furent retenus à Willingden, l’entorse de Mr Parker s’avérant trop grave pour lui permettre de partir plus tôt. Il était tombé entre de très bonnes mains. Les Heywood étaient une famille éminemment respectable et, le plus naturellement et le plus gentiment du monde, veillèrent au bien-être des deux époux. Le mari fut dorloté et soigné et la femme consolée et réconfortée avec une prévenance de tous les instants ; et comme chaque marque d’hospitalité et d’amitié fut reçue comme il se devait, comme il n’y eut pas plus de bonne volonté d’un côté que de gratitude de l’autre, que de part et d’autre chacun fit assaut de civilités, tous en vinrent à s’apprécier grandement au cours de ces quinze jours.

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Je suis sûre que ce sera un très beau bal, et parmi les très nombreux officiers présents tu ne manqueras pas de cavaliers. Tu trouveras la femme de chambre de Mrs Edwards tout à fait disposée à t’aider, et je te conseille de t’en remettre à Mary Edwards si tu te sens perdue, car elle a très bon goût. Si Mr Edwards ne perd pas son argent aux cartes, vous resterez aussi longtemps que tu peux le souhaiter ; dans le cas contraire, il se peut qu’il vous presse de rentrer… mais sois certaine qu’un bon potage vous attendra. J’espère que tu feras sensation. Je ne serais pas surprise que l’on pût te considérer comme l’une des plus jolies jeunes filles présentes, la nouveauté fait toujours son petit effet. Il se peut même que Tom Musgrave te remarque… mais je te conseille bien sûr de ne pas l’encourager. Il porte généralement beaucoup d’attention à tout nouveau visage, mais c’est un grand séducteur et ses intentions ne sont jamais sérieuses.