« Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme » a dit le philosophe Frederic Jameson. Dans La Mort de l’oracle cyborg de Jordan A. Rothacker, la première a conduit à la seconde.

La Mort de l'oracle cyborg.jpg

Nous sommes en 2220 et une catastrophe climatique a rendu inhabitable la majeure partie de la Terre. Dans la ville d’Atlanta désormais sous dôme, l’énergie solaire a mis fin à la misère et au dénuement, mais la vie serait plus amusante si ceux qui ont survécu n’étaient hantés par la culpabilité de la responsabilité du capitalisme dans la destruction de la Terre. Du vide laissé par la disparition du capitalisme sont nés d’innombrables cultes voués à différents dieux et déesses, et sans être véritablement interdit le monothéisme est dépassé. Les crimes commis sont sacrés ou profanes, et confiés respectivement à la brigade des Homicides Profanes ou à celle des Homicides Sacrés.

 

Tout juste transférée de la Profane à la Sacrée, l’inspectrice adjointe Edwina Casaubon s’apprête à collaborer avec le légendaire inspecteur Rabbi Jakob « Logicowitz »Rabbinowitz. Et comme le crime n’attend pas, l’oracle de Delphes vient d’être assassiné.

Lire la critique de Johan Gautreau pour Clubic : https://www.clubic.com

Mon regard s’est posé sur la forme derrière l’autel : tête rejetée en arrière, visage violacé comme dans une mort par asphyxie ; torse affalé sur l’autel, enveloppé au trois quarts d’un drap en lin, un unique sein droit pendant ; des mains couvertes de lettres grecques et de symboles alchimiques tatoués en noir, agrippées à l’autel comme dans un mouvement de riposte défensif, mais inversé.

 

Suffocation, préhension.

 

Pendant un instant mon professionnalisme a cédé la place à la sidération. J’avais un cadavre devant moi, un prophète d’un dieu du soleil, et devant lui un corps vivant, un prophète de la logique. Je suis sortie de ma torpeur, réservant ma stupeur pour plus tard.

 

J’ai fait le tour de l’autel pour inspecter la bouche de l’oracle. Des éclats de dents étincelaient dans l’obscurité. Après avoir activé un faisceau lumineux au bout de mon doigt, j’ai découvert des fragments de dents pulvérisés sur une surface noire et lisse.